14 septembre 2009

Mausolée de Rouja Lazarova

M_R_J

Ce roman nous plonge dans un univers que l’on connaît peu, celui de la Bulgarie du XXème siècle, pays ravagé durant plus d’un demi-siècle par le communisme. Il s’ouvre à Sofia, en 1964 sur l’arrestation de Sacho le Violon, sacrifié sur l’autel de l’implacable idéologie de l’époque qui voyait dans l’exercice de certains métiers –à l’instar de celui de musicien- signe délétère de subversion à sanctionner par une déportation immédiate suivie par une mort quasi certaine. Ce roman polyphonique articulé autour du témoignage de trois générations de femmes narre tour à tour le quotidien d’un peuple qui subit les privations et conséquences absurdes d’un régime  qui les opprime. Il y a Gaby, la grand-mère, qui en 1944 accouchera seule ou presque de sa fille Rada parce que son compagnon Peter vient d’être arrêté pour d’obscures raisons. Elle élèvera sa fille dans une culture familiale de la résistance face à l’obscurantisme, jusqu’au jour où Rada, devenue adulte mesurera avec horreur les conséquences de cette résistance passive : une existence médiocre placée sous le sceau de la peur, celle d’être arrêtée et désignée comme ennemie du peuple. Puis, sa fille Milena, née à la fin de cette période troublée, expérimentera avec circonspection une liberté retrouvée mais aussi entachée par la culpabilité de ne pas avoir partagé la tragique histoire d’une famille qui résiste aux tourments d’un régime absurde.

            Ce texte se lit d’une traite, avec beaucoup d’émotions : en premier lieu celle de découvrir avec horreur un pan de l’histoire peu exploré du communisme (terme qui n’a pas du tout la même signification en France et en Bulgarie). L’auteur mêle avec beaucoup de finesse passages didactiques et évocation de destins brisés, certains chapitres font froid dans le dos et leur réalisme (on sent la part importante dans recueil de témoignages véridiques) est saisissant. Et pourtant, Rouja Lazava ménage également des moments plus légers, et même humoristiques, surtout lorsqu’il s’agit d’humour grinçant. Deux petites réserves cependant concernant ce roman : l’instabilité narrative un peu maladroite (les « je » successifs égarent le lecteur car les ellipses temporelles ne sont pas toujours claires) ainsi qu’une dernière partie quelque peu artificielle (le récit des années post communisme vécues  sous la plume de Milena est un peu long et semé de clichés). Un bon moment de lecture et une plume originale qui touche en même temps qu’elle dénonce à bon escient une période bien noire de notre histoire.

Chroniqué dans le cadre du Prix des lectrices ELLE 2010, catégorie "roman" 595131972

Posté par Snowball à 08:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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