In Libro Véritas

24 octobre 2011

Masse critique Babelio: à vos BD!

Après quelques mois d'absences dus à de kafkaïens problèmes informatiques, ce blog reprend enfin du service. Mea culpa à Babelio pour ce retard, heureusement que j'ai reçu l'une des bandes dessinées il y a peu du fait d'un retard de parution, cela compense mes soucis de connection. Adoncques, j'ai été très gâtée sur ce partenariat car je n'ai pas reçu une seule bande dessinée mais deux! Les voici:

couvMeynetLa première BD, que j'ai reçu il a quelques mois est un sketchbook, c'est-à-dire un carnet de croquis réalisés sur le vif. Cette collection de Comix Buro regroupe plusieurs titres que j'ai d'ailleurs pu découvrir car le catalogue de cette maison d'édition était joint avec la BD.

Je ne connaissais pas du tout ce genre, et vu la couverture, il y a peu à parier que l'idée me soit venue d'acheter ou bien même de feuilleter un tel ouvrage! Pourtant, j'ai été agréablement surprise par ce document original qui ne comprend presque que des dessins. Certaines légendes expliquent bien le travail de l'auteur et ses influences, mais l'essentiel passe par le crayon.

Une franche réussite que cette bande dessinée qui mêle pin-up, aventures montagnardes et influences diverses. Jamais de vulgarité, tout au plus un trait un peu sensuel sur certaines pages (et encore!).

Bref, c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai découvert ce nouveau genre rafraîchissant et surprenant. Merci Comix Buro et Babelio!

 

cite_14-saison2-1Deuxième découverte avec cette BD reçue il y apeu de chez Les Humanoïdes associés, une maison d'édition que j'apprécie beaucoup. Alors là, j'avoue que je me suis un peu documentée avant de lire cette BD, car il s'agissait ici du cinquième opus de la série, donc en lisant les premières pages du livre, je n'arrivais pas vraiment à suivre.

En effet, dès les premières pages, on bascule dans un univers plus qu'étrange: un éléphant défiguré et marginal fréquente les habitants tout aussi saugrenus de la cité 14, à savoir des extra terrestres, des animaux personnifiés, des êtres humains un peu fous. On comprend vite qu'il y a là plusieurs niveaux de lecture mais sans un petit rattrapage des épisodes précédents , difficile pour le lecteur de trouver tout seul les clés de la compréhension.

J'avoue ainsi ne pas avoir tout compris à cette lecture mais j'ai par ailleurs beaucoup apprécié l'ambiance qui s'en dégageait. Il faudra que je lise les précédents tomes pour me faire une idée plus précise. Merci encore à Babelio et aux Humanoïdes associés pour cette lecture!

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04 juillet 2011

Un été en vêtements de deuil de Akira Yoshimura

7623_aj_m_6984Cela fait un moment que j'ai délaissé mon blog, mais je n'avais pas pour autant arrêté de lire bien au contraire! J'en reparlerai un peu plus tard mais ces dernières semaines ont été riches en découvertes.

Je commence avec les bonnes surprises par cet envoi d'une bloggeuse bien connue et dont les qualités ne sont plus à présenter: Choco du Grenier à livres la grande de organisatrice du Challenge In the mood for Japan auquel je participe depuis plusieurs mois maintenant. Ayant appris que je lisais Akira Yoshimura avec le plus grand intérêt, elle a eu la très grande gentillesse de me faire parvenir un petit inédit paru en édition limité chez Babel il y a quelques années, j'étais vraiment ravie car cela fait bien longtemps que je cherchais à me procurer ce livre.

Il s'agit d'un court roman d'une quarantaine de pages qui a pour héros un jeune garçon prénommé Kiyoshi, qui vit seul avec sa grand-mère alitée depuis plusieurs années. Elle n'a aucun souhait que de mourir et ne témoigne pas la moindre affection au petit garçon. Celui-ci se lie d'amitié avec Tokiko, la fille de la nièce de la grand-mère qui vit juste à côté de la maison de Kiyoshi avec ses parents qui attendent depuis des années la mort de la grand-mère espérant obtenir un substantiel héritage. L'été s'égrène dans cette atmosphère de non-dits entre innocence des enfants et cruauté du monde des adultes. Difficile d'en dire davantage sans révéler la clé de cette intrigue qui tient le lecteur en haleine jusqu'aux dernières lignes.

J'ai beaucoup apprécié cette lecture qui m'a permis d'approfondir l'univers de Yoshimura: on retrouve cette atmosphère indéfinissablement étrange et déroutante qui fait le charme de nombreux de ses livres tout en renouant avec des thèmes importants de la littérature japonaise contemporaine que sont par exemple la nature, les secrets familiaux, la fascination morbide ou encore la complexité de l'âme humaine. Ce récit se lit d'une traite et fait froid dans le dos par son côté indéniablement macabre, son style à la fois léger et empli de sous-entendus, son écriture fine et esthétique. Une très belle découverte qui me donne envie de poursuivre la découverte de cet auteur décidément fascinant. Merci encore à Choco pour ce merveilleux cadeau qui vient clore mon challenge perso (même si je compte poursuivre mes incursions japonaises!).

 

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03 juin 2011

Le printemps des pères de Henri Husetowski

4a802c5e599ae325eb0ddba61ca63c44-300x300C'est une histoire d'ados, un drame dont l'issue reste incertaine jusqu'à la dernière page: Ludovic est le meilleur ami de Gaétan, ils sont inséparables. Mais un après-midi de 1942 va modifier à jamais son existence: il semble à Ludovic que son meilleur ami vient de se jeter sous ses yeux du haut d'une falaise. Hallucination? Vision trop horrible pour être acceptée par la conscience de Ludovic? L'adolescent garde le silence en dépit de la disparition avérée de son ami. Un village en émoi, une famille éplorée, des interrogations sans réponse, Ludovic ne sait plus que penser et les jours s'écoulent sans qu'il ne parvienne à éclaircir ses idées. Seulement voilà, on ne peut rester figer dans le présent en niant le passé: Ludovic change imperceptiblement de comportement et dès lors plus rien ne sera jamais pareil pour cet adolescent.

J'ai aimé ce court roman bâtit sur un mystère qui ne se lève pas facilement autant que j'ai apprécié la personnalité torturée de Ludovic, cet adolescent un peu perdu au passé chaotique. En effet, privé de père, rejeté par sa mère, Ludovic est surnommé le "bâtard" dans un petit village au sein duquel les histoires les plus sordides ont tôt fait de circuler. Certes, Ludovic est écrasé par le chagrin causé par la perte de son ami, mais il ressent aussi la possibilité d'un nouveau départ, être accepté par la famille de son ami défunt et devenir le nouveau fils choyé par la mère de Gaétan. Pourtant, il est aussi confronté à un déchirement intérieur, celui de ne pouvoir partager un secret très lourd à porter dont il ignore lui-même l'exact contenu. Histoire douloureuse et bouleversante qui tient le lecteur en haleine, Le printemps des pères a cependant deux petits défauts qui m'ont un peu gâché la lecture: des descriptions interminables sur les émois adolescents (des scènes nombreuses et crues qui finissent par agacer quand bien même on connaît l'importance de la sexualité pour les jeunes garçons de l'âge de Ludovic!) et un choix de lexique parfois trop relâché à mon goût. Toutefois, j'ai passé un bon moment de lecture et je remercie vivement Buchet Chastel ainsi que Babelio pour ce partenariat!

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29 avril 2011

Lectures de vacances

Deux semaines de vacances et de lectures interrompues, que de bonheur et de belles découvertes (quelques déceptions aussi!). Mes impressions:

La_gifle_Christos_Tsiolkas_191x300Une petite déception à la lecture de ce livre dont j'avais pourtant lu de nombreuses éloges sur la toile. L'histoire d'un barbecue qui tourne mal lorsqu'un adulte excédé frappe un petit garçon qui n'est pas le sien. Un incident qui secoue un groupe d'amis en apparence soudés mais qui en fait cachent des secrets inavouables et peu glorieux.

Pourquoi je n'ai pas accroché? Tout simplement parce que ce roman manque singulièrement de rythme et d'intérêt. L'histoire peine à démarrer, et lorsque enfin la fameuse "gifle" est donnée à un enfant des plus exécrables, on a presque envie de saluer le geste (même si le débat actuel ne va pas du tout dans ce sens, c'est vrai!). Au-delà de ça, les personnages manquent de consistance, on assiste à une surenchère dans la description piteuse de leurs vices: drogues, alcool, sexe, mesquineries... Chacun des protagonistes "étale" sa misérable et pitoyable existence au cours d'interminables chapitres au cours desquels il ne se passe rien. Vite lu, vite oublié!

9782070419982Très bonne lecture en revanche avec ce livre intitulé "Au bon roman", l'histoire d'une belle rencontre entre une femme fortunée et un libraire qui décident ensemble de concrétiser un projet fou: monter LA librairie idéale qui ne comporterait que des livres dignes d'intérêt. Un projet me direz-vous, qui en fait rêver plus d'un, moi y compris. Une histoire bien menée, bourré d'humour et de réflexion et qui est venue mettre en danger ma PAL, car en plus d'être très intéressant, ce livre nous donne plein d'idées de lectures sur les coups de coeur de ces dernières années.

Après avoir dévoré ce beau roman, j'ai eu envie de découvrir quelques auteurs cotés par Laurence Cossé, et plus particulièrement David Foenkinos cité à de nombreuses reprises et dont j'avais déjà entendu parler sans jamais l'avoir lu.

 

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Une très belle histoire d'amour, tout en délicatesse, si je puis dire. Et pourtant, je suis assez blasée en la matière pour ne plus trop apprécier l'exercice de style. Là je dois reconnaître que j'ai été touchée par l'histoire de François et de Nathalie, pleine de fraîcheur et de finesse tant dans l'analyse des sentiments que dans l'explosion tragique qui vient désunir ce couple. Nulle tromperie ou trahison, mais une mort impromptue et glaçante qui laisse la jeune femme comme orpheline de la vie. Là encore on ne bascule pas dans les clichés du genre qui voudraient que l'on suive la reconstruction progressive d'une jeune femme éplorée, mais on reste dans la justesse des sentiments.

C'est cette justesse qui m'a séduite et j'ai dévoré ce court roman, qui a pour mérite de rester à la fois simple et touchant, profond et très fin. Une lecture qui m'a donné envie de lire un second livre de David Foenkinos que j'ai trouvé chez mon libraire et qui a été publié quelques années avant La délicatesse, au titre très suggestif Le potentiel érotique de ma femme.FOENKINOS

Il s'agit encore une fois d'une histoire assez touchante et pour le moins original: Hector, un homme ni beau ni charmant souffre de compulsions. Il collectionne des objets ou situations étranges jusqu'au jour où il décide de vivre sa vie plutôt que de la consacrer à ses monomanies. C'est alors qu'il rencontre la femme de sa vie, belle, douce et intelligente. Tout irait pour le mieux si un jour il ne rendait pas compte que sa femme est devenue le nouvel objet de son trouble penchant: il aime collectionner les moments follement "érotiques" qu'elle incarne et plus particulièrement lorsqu'elle réalise un acte en apparence anodin, celui de nettoyer les vitres. Dès lors, Hector n'a d'autres choix que de provoquer des lavages intempestifs afin de satisfaire sa curieuse obsession.

Un court roman très drôle et rempli de références amusantes. Pourtant, j'ai trouvé qu'il y avait un peu trop de surenchère de la part de l'auteur si bien que j'ai fini par être un peu agacée. J'ai donc préféré La délicatesse même si cette lecture était aussi agréable et distrayante sans égaler la profondeur que j'avais trouvée auparavant.

couv_madman_bovaryOn reste dans la thématique des monomanies un peu spéciales, puisque j'en confesse une, je suis une inconditionnelle des réécritures flaubertiennes, plus particulièrement celles de Madame Bovary (elles sont d'ailleurs assez nombreuses).

Claro semble partager cette obsession en proposant ici une exploration inédite et intime des thématiques flaubertiennes qui viennent hanter un narrateur en pleine rupture amoureuse. De Emma à Homais en passant par Charles, Berthe ou encore Félicité et les divers protagonistes du sulfureux Salammbô, Claro nous livre un récit puissant et halluciné articulé autour de leitmotiv obsédants: le pied-bot d'Hippolyte, la casquette de Charles, l'empoisonnement d'Emma... Le texte tourne et retourne en boucle au service d'une narration fantomatique et hallucinatoire. Un vrai régal pour les amateurs du genre.

 

D'autres lectures un peu plus tard, les vacances ne sont heureusement pas encore finies!

 

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28 avril 2011

La terre fredonne en si bémol de Mari Strachan

9782841114061Gwenni Morgan est une jeune fille un peu spéciale qui raconte à tous le monde qu'elle a le pouvoir de voler lorsqu'elle dort. Dans le Pays de Galles rural du milieu du XXème siècle, cela fait un peu désordre dans un village où tous les habitants n'ont de cesse de s'épier et de raconter les derniers petits potins. Gwenni n'est d'ailleurs pas en reste, car elle aime beaucoup se mêler des histoires des autres, que ce soit pour comprendre son histoire familiale des plus obscures ou pour déjouer le mystère d'un habitant disparu. Du haut de ses douze ans et demi, elle ne manque ni de fantaisie ni de répartie et c'est avec beaucoup de spontanéité que l'on suit ici ses aventures si rafraîchissantes.

Premier roman de Mari Strachan, ce livre est un petit bijou d'humour et de fantaisie. Si l'on a l'impression dans les premières pages de lire un roman assez réussi destiné principalement à la jeunesse, on est agréablement surpris de voir évoluer la légèreté initiale vers une gravité bien plus profonde. Le lecteur est peu à peu happé par cette histoire envoûtante et pleine de mystère, par le récit d'une petite communauté qui abrite bien des secrets. Par le regard de Gwenni on découvre un monde cruel et noir dans lequel règne mesquineries et hautes trahisons, secrets bouleversants et petits mensonges. Un style léger et agréable à lire derrière lequel se cache une réelle profondeur où l'humour grinçant reste aussi bien présent.

Une lecture de vacances idéale et sympathique qui réserve bien des surprises. Merci aux éditions NIL et à Blog-o-book pour cette découverte.

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17 avril 2011

Naufrages de Akira Yoshimura

imagesCAKGMXPSAprès avoir tant apprécié La jeune fille suppliciée sur une étagère que je vous ai présenté hier, je crois que Naufragesest le texte que j'ai préféré de Akira Yoshimura puisque depuis j'ai pu lire un autre de ses romans (en attendant de prochaines parutions en poche afin de ménager mon budget!).

Ce court roman initiatique se déroule dans le Japon primitif et nous est raconté du point de vue d'un jeune garçon prénommé Isaku qui vit dans un petit village avec sa mère, son petit frère et ses deux petites soeurs. C'est un village de pêcheurs, où l'on vit chichement puisque le père, à l'instar de nombreux villageois a été contraint de se vendre au bourg voisin pour subvenir aux besoins de sa famille. En attendant, Isaku, devenu chef de famille tente d'aider sa mère en pêchant et en effectuant divers petits travaux. Pourtant ce village abrite un secret inavouable, partagé depuis des générations. Pour survivre, les habitants se livrent pendant une partie de l'année à ce qu'ils nomment la "cuisson du sel", procédé qui consistent à faire brûler du sel sur la plage afin d'attirer des bateaux qui venant se briser sur les rochers après avoir été trompé par les feux, permettront de faire vivre le village. Pour cela, il faut tuer les marins qui survivent à la tempête et dissimuler toutes traces des pillages. Pour Isaku, ce secret reste obscur car le dernier bateau qui s'est échoué sur la plage est apparu lorsqu'il avait quatre ans, mais devenant à présent responsable de la précieuse cuisson du sel il se met à redouter autant qu'à espérer le naufrage d'un bateau.

J'ai aimé ce récit à la fois fort et désespéré, sublime et dépaysant par son sujet et sa portée philosophique. Mêlant descriptions des activités quotidiennes et des saisons, l'auteur nous permet de connaître un passé oublié, celui où un bol de riz reste un luxe, celui où famine et désespoir sont omniprésents. On ne verse jamais dans le pathos, bien au contraire, on partage le récit d'une survie digne et bien organisée d'existances rythmées par des légendes et des traditions. On partage l'angoisse des hivers misérables cependant emplis par l'espoir des naufrages tant espérés. Et l'on frémit à l'approche du bateau tant attendu. Doté d'un incroyable dénouement, ce court texte arrache les larmes autant qu'il touche à jamais. Un véritable petit bijou.

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16 avril 2011

La jeune fille suppliciée sur une étagère de Akira Yoshimura

97827410Attention lecture coup de coeur! J'avais beaucoup entendu parler sur la blogosphère de cet écrivain japonais réputé pour la beauté froide et pleine de grâce de sa plume, je n'ai pas été déçue au point de lire compulsivement tout ce que j'ai pu trouver aux éditions Babel qui a d'ailleurs fourni un remarquable travail d'illustration sur les couvertures de cet auteur dont je risque de beaucoup parler ces prochains temps.

J'ai donc découvert Akira Yoshimura avec ce petit recueil qui se compose de deux nouvelles aux titres des plus intrigants: La jeune fille suppliciée sur une étagère et Le sourire des pierres. Dans la première nouvelle, on découvre le destin tragique de'une jeune fille de seize ans qui vient de mourir d'une pneumonie fulgurante. N'ayant pas d'argent pour lui donner une sépulture décente, ses parents décident d'offrir son corps à la science. Sujet pour le moins étrange et dérangeant dont le caractère déroutant est renforcé par un point de vue interne très bien mené: ce n'est qu'au bout de quelques pages que le lecteur comprend que la narratrice, qui vient de mourir, nous livre son récit bouleversant. Aucun détail n'est épargné au lecteur: la froideur détachée de la mère, le transport désincarné d'un corps livré aux yeux de tous puis aux mains expertes mais non moins concupiscentes des chercheurs, la lente décomposition corporelle d'une enveloppe faite de chair qui se réduit peu à peu à des os jusqu'à devenir cendres et poussières emprisonnées dans un caveau dévolu aux inhumations des êtres sacrifiés pour la science et dont les proches ne veulent plus entendre parler.

Le miracle de ce texte est de n'être pas du tout morbide, bien au contraire. Une sombre poésie s'en dégage, le lecteur est comme fasciné par cette jeune fille qui observe à la fois avec détachement mais aussi avec beaucoup de tendresse ce qui lui arrive. En revanche, la seconde nouvelle Le sourire des pierres, ne m'a guère laissée de souvenir ou presque. Tout juste celui d'un récit inspiré d'une vieille légende japonaise: il s'agit de deux amis d'enfance qui aimaient jouer dans un cimetière et qui se retrouvent quelques années plus tard autour d'une mystérieuse disparition. Je suis restée sur l'éblouissement de la première nouvelle de ce recueil et je suis passée sur cette deuxième lecture plus fade. Une très belle découverte d'un auteur à la plume exceptionnelle, ce qui se confirme avec d'autres livres que je suis en train de lire. A recommander!

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15 avril 2011

Un rêve de John Ball de William Morris

 

vulcain_195x300J'ai eu la chance de recevoir un second livre des éditions Aux forges Vulcain grâce à un second partenariat organisé il y a peu par Blog-o-book.

La quatrième de couverture:

Vers la fin du XIXe siècle, un conférencier socialiste s’endort. Divagant, promenant son esprit jusque dans la belle campagne anglaise du XIVe siècle, il rencontre quelques paysans, un ancien soldat, un prêtre rebelle. Ces hommes sont prêts à se battre ; mais, cette fois, ce ne sera pas pour leurs seigneurs, mais contre eux. John Ball, le curé qui sert de guide à ces rebelles, résume la pensée de tous en quelques mots : « Quand Adam bêchait et qu’Eve filait, où était alors le gentilhomme ? ». À leur manière, chacun de ces deux hommes se retrouve perdu dans un monde qui ne lui correspond pas. La discussion entre ces deux révoltés, portés par le même amour des hommes, se prolongera toute la nuit. Rêverie fantastique, nouvelle, traité philosophique, manifeste politique : Un rêve de John Ball, de l’écrivain, artiste, entrepreneur et militant William Morris (1834-1896) est tout cela à la fois. Il accompagne son lecteur dans un voyage onirique étonnant, mêlant aventures et réflexion, et qui s’achève sur un désir : celui de connaître « une lutte pleine d’espoir et une paix sans tâche, c’est-à-dire, en un mot, la vie ».
A la lecture de ce résumé, j'ai été très emballée par ce livre à la portée historique et philosophique prometteuse. Le texte est d'ailleurs admirablement bien présenté et préfacé par Joël Chandelier. Cette préface est d'une aide précieuse car ce texte du XIXème siècle serait difficile à déchiffrer et à comprendre dans sa profondeur sans quelques nécessaires éclaircissements contextuels. La lutte sociale, la lutte pour des idées fortes, voilà ce qu'incarne John Ball même si l'existence réelle de ce personnage semble soumise à caution.  Dans un voyage onirique, Ball rencontre ainsi un prédicateur révolutionnaire, et l'on assiste à des discours à la fois enflammés et politiquement forts et engagés. Histoire sociale et histoire individuelle se mêlent ainsi autour de l'idéalisme socialiste.

Prévenu dès la préface de "l'étrangeté" de ce texte, le lecteur est certes charmé par l'aspect suranné d'un texte émaillé d'interminables digressions et descriptions sur la campagne anglaises et les moeurs paysannes de l'époque, mais il ne trouve pas le souffle révolutionnaire tant vanté par Joël Chandelier. Pis, l'ennui pointe vite et ce n'est guère que pour assister au face à face entre le prédicateur et John que j'ai laborieusement poursuivi cette lecture. Là encore, j'ai été déçue car au-delà des envolées lyriques et idéalistes, le texte sonne creux à mon avis. Texte trop daté et loin de nos préoccupations actuelles? Je ne sais pas exactement, mais j'avoue ne pas avoir été séduite malgré mon intérêt initial.

Je remercie tout de même Blog-o-book et Aux forges Vulcain pour cette seconde découverte.
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10 avril 2011

Les anges vous méprisent de Laurent Crone

les_anges_vous_meprisent"L'entrée des Enfers est sensiblement plus large que la route qui la dessert. Cette singularité urbanistique à la portée symbolique évidente obéit également à un impératif fonctionnel : maintenir en permanence un trafic fluide". Voici ce que l'on peut lire sur ce quatrième de couverture bien mystérieux, mais qui ne reflète en rien ce qui se déroule réellement dans ce livre.

Dans le premier chapitre, un croisé meurt lors d'une bataille dans le désert.

Dans le deuxième chapitre, un petit lapin blanc se retrouve piégé dans un monde terrifiant peuplé de dragons, de chats démoniaques, d'eau au goût de souffre et de paysages rouge sang. Terrorisé, il n'ose sortir de sa tanière faite de ronces. Chaque soir, lorsqu'il s'endort, il se retrouve dans un monde blanc et paradisiaque, où un éléphant lui prodigue des conseils métaphysiques afin d'échapper à son enfer diurne. Malheureusement, l'imprudent n'écoute pas les conseils et apprend alors qu'il a échoué à parachever son cycle de réincarnation et qu'il est donc repartit pour un tour.

Il se retrouvera successivement dans la peau d'Hermann Göring, d'un cadre supérieur dans l'audio visuel, d'un psychiatre, d'un étudiant anarchiste et d'un vieillard. Chacune de ces personnalités sera confrontée à son propre pathétisme et aux créatures qui peuplent et dirigent cet étrange purgatoire en forme de couloir infini.

Construit sur une base similaire à celle des Chroniques martiennes de Bradbury, chaque "nouvelle" peut se lire indépendamment mais l'histoire générale court du début à la fin. Étonnamment bien écrit, mêlant intelligence, érudition et humour, Laurent Crone impressionne dans son premier livre paru Aux forges de Vulcain, petite maison d'édition que je ne connaissais pas et qui publie ses premiers titres. Assurément un coup de coeur de ce début d'année 2011, ce livre emballe tant par sa maîtrise narrative que par l'originalité de l'histoire. La dernière nouvelle a de plus pour mérite de réellement clore le récit avec une chute des plus originales (!) : un grand-père et sa petite fille en pleine ambiguïté sexuelle franchissent le cap des générations dans une haine commune, celle de leur cadet qui aura la chance de connaître la vie éternelle. Leur décision s'impose, prendre les armes et aller faire un massacre dans une école primaire... Politiquement peu correct, il vrai, mais ce livre déroute et dérange autant qu'il détient un bien mystérieux pouvoir de fascination.

Merci à Blog-o-book et Aux forges Vulcain pour ce partenariat! 0123

 

 

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27 mars 2011

Mes découvertes du mois de mars

LE_COE_1Lire ou écrire... il faut parfois choisir! Et j'ai du mal à renoncer à mes lectures, aussi ai-je décidé de rendre compte de mes coups de coeur ou de mes lectures moins enthousiasmantes pour ce mois-ci en quelques billets car en ce moment j'ai peu de temps libre.

Le coeur régulier - Olivier Adam - Editions de l'Olivier - 232p

Je commence avec Le coeur régulier d'Olivier Adam, livre pour lequel, à ma grande surprise, je n'ai pas eu de coup de coeur. Ce livre est centré autour d'un personnage féminin, Sarah, partie au Japon pour tenter de comprendre les raisons qui ont conduit son frère à se suicider quatre mois plus tôt alors qu'il revenait justement des contrées nippones. C'est aussi pour Sarah un moyen de fuir sa vie si "parfaite' et ennuyeuse: un mari plutôt terne, deux enfants distants, un emploi peu intéressant et récemment perdu. Ce voyage lui offre une nouvelle chance de recommencer sa vie sur de nouvelles bases autant qu'il va lui permettre de comprendre un peu mieux un frère si mystérieux. A l'instar des romans précédents d'Olivier Adam, on retrouve de nombreux ingrédients parfaitement maîtrisés: des personnages bien campés aux caractères forts, des thématiques récurrentes comme autant d'obsessions inavouées (le deuil, la perte de soi-même, la famille désunie, la grisaille du quotidien) et des descriptions à couper le souffle du Japon. Peut-être avais-je lu Tokyo Limited Express il y a trop peu de temps, toujours est-il que j'ai eu la sensation de lire deux fois le même roman, tout en trouvant celui-ci moins réussi. J'ai trouvé le personnage de Sarah un peu agaçant, les situations assez convenues et un dénouement prévisible. Une petite déception, donc.

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L'enquête-Philippe Claudel - Stock- 278p

J'aime beaucoup Philippe Claudel, ses livres sont souvent marquants et aussi remarquablement écrits. Avec ce nouveau roman, L'enquête, le lecteur est plongé d'emblée dans un univers déroutant et presque angoissant. Envoyé pour mener une Enquête dans l'Entreprise d'une ville indéfinie, un Enquêteur va se heurter à des évènements bien étranges: un hôtel au personnel hostile et versatile, une ville fantomatique, une Entreprise pour le moins étrange... Il est bien difficile de résumer le teneur de ce livre si particulier à "mi chemin entre Adouls Huxley et Kafka" comme l'affirment avec beaucoup de justesse certains critiques. Cet aspect dérangeant freine d'ailleurs pour l'analyse de ce livre qui m'a rendue nauséeuse par endroits, profondément déroutée à d'autres moments. Difficile de décrire ce qu'une telle lecture a provoqué chez moi, mais je n'en suis pas sortie indemne, cela est certain. Je serais d'ailleurs bien curieuse de lire ce que d'autres lecteurs ont pu en penser.

 

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Un soupçon légitime - Stefan Zweig - Le Livre de Poche - 175p

Autre lecture dérangeante, cette nouvelle de Stefan Zweig qui vient d'être éditée par Le Livre de Poche. Un soupçon légitime met en scène un couple d'étranges personnages, John et Ellen Limpley qui suscitent l'intérêt de Betsy, la narratrice qui vient de s'installer à la campagne avec son mari. John Limpley est en effet un homme qui a le sens du ridicule avec ses monomanies: des collections étranges, un sens inné du "m'as-tu vu", une emprise totale sur sa pauvre femme. Or, le couple, ne pouvant avoir d'enfant (ce qui semble en partie expliquer le comportement de John) finit par adopter un chien, Ponto. Adulé par John, l'animal finit par se transformer en tyran... jusqu'au jour où Ellen découvre qu'elle attend un enfant. Je n'en dirais pas plus sur cette nouvelle très bien écrite qui passe du registre comique et badin à un basculement tragique des plus maîtrisés. Un petit bijou qui glace le sang.

 

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La nonne et le brigand -Frédérique Deghelt- Actes Sud - 409p

J'avais eu un gros coup de coeur pour La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt paru l'année dernière chez Actes Sud puis pour La vie d'une autre lu un peu plus tard. Une qualité que l'on peut immédiatement concéder à l'auteur c'est son extraordinaire capacité de renouvellement, ses romans ne se ressemblent pas même si certains thèmes réapparaissent parfois. La nonne et le brigand est avant tout une très belle histoire d'amour, ou parle plutôt de plusieurs histoires d'amour. De Lysange, femme d'aujourd'hui aux multiples passions à Louise, religieuse dont elle découvre le passé au hasard d'une lecture troublante narrant un amour impossible entre une nonne partie en tant que missionnaire en Amérique du Sud et un brigand, il semble y avoir tout un monde et pourtant... Une très belle lecture aussi, même si je ne sais pas pourquoi, j'ai eu de mal à rentrer dans ce livre. Je ne l'ai peut-être pas lu au bon moment.

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