Les Hautes falaises de Jean-Paul Goux
Encore un livre de chez Actes Sud, je ne me lasse décidément pas de cette maison d'édition qui propose souvent des titres qui éveillent mon intérêt au-delà d'une mise en page que j'apprécie beaucoup.
Quarante ans après la fin de son amitié Bastien, Simon reçoit un coup de téléphone de ce dernier qui lui demande de le retrouver sur les lieux de leur jeunesse. Cet évènement inattendu bouleverse Simon qui se remémore alors toutes les circonstances du début de cette étrange amitié qui débuta alors qu'il n'était qu'un enfant timide et solitaire pour s'achever à la fin du lycée sans qu'il ne comprenne exactement pourquoi. Durant cette période hors du temps, le jeune Simon vouait une admiration sans bornes pour Bastien, jusqu'à éprouver pour lui une fascination destructrice. Les retrouvailles entre les deux hommes vont être le moyen d'éclaircir de nombreuses incertitudes: pourquoi se sont-ils perdus de vue? Pour quelle raison Bastien a-t-il souhaité revoir son ami oublié?
J'ai apprécié la découverte de cet auteur que je ne connaissais pas. L'histoire nous plonge dans un univers fait de souvenirs d'enfants, d'émotions et de sensations universelles. Plus encore, derrière son apparente banalité l'intrigue se révèle en fait plus complexe qu'il n'y paraît, puisque c'est avant tout de la mémoire et de la construction d'une identité à travers tous les âges de la vie dont il est question dans ce roman. Ces thématiques sont d'autant mieux restituées qu'elles transparaissent sur le fond comme sur la forme: avec un système énonciatif complexe, une syntaxe presque uniquement composée de phrases juxtaposées étirées à l'infini, l'auteur nous emporte dans un univers ciselé et envoûtant. Un petit extrait pour vous faire une idée:
"Tout était joué d'emblée, mais si j'avais malgré tout l'espoir de retarder l'instant où il verrait clair en moi, maintenant que je me suis dévoilé en lui donnant à profusion les preuves de mes insuffisances, maintenant qu'il n'y a plus rien qui puisse encore lui faire illusion et que je suis en face de lui comme si j'étais nu, ou si j'étais comme une boîte sans couvercle et qu'il pût dénombrer à l'intérieur de moi les composantes misérables de ce que je suis, maintenant que j'ai à boire ma honte en face de lui jusqu'à ce que je puisse enfin disparaître de sa vue, je sais qu'il me faudra encore, longtemps après l'avoir quitté, subir les assauts invariables et les vagues répétées du sentiment de l'humiliation et de la honte de soi."