D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère
Ou quand l'écrivain se fait le témoin d'une réalité qu'il a pu toucher de près... Dans ce livre, Emmanuel Carrère expose sans atermoiement son projet d'écriture dès les premières chapitres: témoigner d'évènements tragiques subis par des amis proches ou personnellement endurés. Un livre qu'il a écrit à la demande de ses amis et proches pour restituer et magnifier la mémoire d'êtres disparus, un livre constitué de fragments de vies et qui se lit plus qu'il ne se raconte. Un livre qu'il ne vaut mieux pas lire lorsque le moral est en berne: récit éprouvant de la mort d'un enfant au cours d'un tsunami, combat contre le cancer... rien de très gai donc, mais l'auteur ne donne pas non plus dans le voyeurisme ou dans l'excès de tragique. Les faits bruts et abrupts de la vie nous sont ici livrés dans toute leur horreur.
Il serait difficile de ne pas être touché par ce genre de témoignage, néanmoins j'avoue avoir été un peu déçue par cette lecture pour plusieurs raisons. Tout d'abord par le côté témoignage de ce livre qui expose un peu trop les rouages mêmes de son élaboration, on en viendrait presque à douter de la véracité et de la sincérité de certaines pages tant l'auteur insiste sur l'honnêteté de sa démarche. De plus, certaines digressions sur le système d'endettement français et sur les affaires de surendettement sont relativement insupportables; même si cela aide à comprendre la psychologie de l'un des personnages qui est juge au tribunal d'instance des affaires de surendettement. Enfin, l'accumulation de détails sordides et un certain surenchérissement dans le degré des témoignages apportés a fini par me lasser, je l'avoue. Si certaines pages sont troublantes, voires bouleversantes, d'autres en revanche suscitent franchement un certain ennui et même de l'agacement. Je reste très partagée sur cette lecture, pourtant je suis d'habitude assez enthousiaste concernant les autres oeuvres de cet auteur.