La folle et autres récits d'Octave Mirbeau
Il y a quelques semaines maintenant, je vous faisais part de mon récent intérêt pour un auteur classique que je découvrais alors. Octave Mirbeau est en effet un écrivain qu"à force de stigmatiser -ou de défendre-", ainsi que le rappelle Jérôme Vérain dans la postface de ce recueil, "on oublie presque à quel point il fut un grand écrivain". Plus j'avance dans la lecture de cet auteur, plus il me semble que l'on souligne sa singularité plus que l'on ne cherche à percer le secret de cette dernière.
Avec ce recueil de neuf nouvelles, on découvre justement un autre aspect de l'oeuvre d'Octave Mirbeau: son talent pour mettre en scène des faits divers de la vie rurale. Il y est question des petites gens brimées et brisées par un ordre social injuste, de marginaux mis au ban de la société, d'hommes de pouvoir ridicules et imbus de leur pouvoir. Mirbeau brille ici encore une fois pour son talent de polémiste, mais pas seulement. Il y a une telle noirceur dans ses nouvelles, une noirceur qui se teinte d'humour noir plutôt grinçant. La nouvelle intitulée "Le Mur" en est une très bonne illustration: un pauvre paysan ayant réparé un mur mitoyen de sa propriété se voit dans l'obligation de verser une grosse amende pour avoir pris cette initiative sans demander une autorisation préfectorale. Cependant, comme le mur n'est pas complètement réparé faute d'argent, le gardien de la paix le menace d'une amende plus élevée s'il ne répare pas la brèche. Désespéré, l'homme ne sait plus que faire et attend pendant des mois un ordre du préfet. Il finira par se pendre.
A mon sens, ces nouvelles parues en feuilletons dans divers journaux de l'époque ont toutes leur intérêt: de la dénonciation de l'infanticide à celle des manoeuvres des élus locaux, Mirbeau ose dénoncer sans ambages les pires travers de son temps tout en introduisant une mise à distance ironique très troublante. Une belle plume qui gagne vraiment à être connue!