Le Choeur des femmes de Martin Winckler
Le résumé de ce livre interpelle le lecteur avant même d’ouvrir ce roman : une jeune interne, Jean Atwood est « contrainte » de passer six mois dans l’unité 77 ou « Médecine de la Femme » du docteur Karma alors qu’elle rêve de devenir chirurgien gynécologue et non d’écouter les interminables jérémiades des patientes. On imagine assez bien, un Dr House féminin, acerbe et piquante, et les premières pages ne déçoivent pas ces attentes. Médecin froid et distant, peu disposé à écouter ses patientes, l’interne Atwood ne parvient que très difficilement à trouver sa place dans l’unité du docteur Karma. Très vite, rien ne va plus entre ces deux-là, conflit de générations et conflit professionnel entre une acharnée du bistouri et de la science et un médecin qui croit que la clé de la réussite médicale réside avant tout dans l’écoute attentive des besoins de ses patientes.
Beaucoup d’humour et de dérision dans cet épais roman qui se laisse lire assez facilement, car il est aussi un formidable témoignage sur la médecine gynécologique dans ses déboires et dérives. Le livre mêle subtilement histoire professionnelle et personnelle du docteur Atwood et les témoignages qui s’étalent dans ses pages sentent bien souvent le vécu de femmes plus ou moins éprouvées par la froideur chirurgicale et médicale des services médicaux qui leur sont dédiés. Un livre assez instructif donc, et qui donne à réfléchir, même si parfois certains témoignages ont un peu tendance à se répéter. De plus, on se doute assez vite de la suite du roman, c’est-à-dire de la tombée des illusions universitaires du Docteur Atwood et de sa conversion progressive aux méthodes moins orthodoxes de son confrère. Une autre déception : la fin du roman que je trouve un peu trop invraisemblable concernant le passé du docteur Atwood (un peu trop de sauce hollywoodienne ?). Néanmoins, la lecture de ce roman reste agréable et la construction soignée de ce livre fait oublier les petits défauts que l’on peut remarquer çà et là.
