L'annonce et Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon
Annie Ernaux, Cécile Ladjali, Jeanne Benameur... Depuis quelques années, je lis beaucoup d'auteurs féminins de l'époque contemporaine, souvent professeurs de lettres, la plupart de temps magiciennes du langage. Une fois encore, j'ai découvert une plume très touchante que l'on m'avait chaudement recommandée, celle de Marie-Hélène Lafon.
Et pourtant, le quatrième de couverture de L'annonce m'a fait un peu peur à la première lecture, jugez plutôt: Paul, quarante-six ans, paysan à Fridières, Cantal, ne veut pas finir seul. Annette, trente-sept ans, vit à Bailleul dans le Nord avec son fils. Elle n'a jamais eu de vrai métier. Elle a aimé Didier, le père d'Eric, mais ça n'a servi à rien. Elle doit s'en aller. Recommencer ailleurs. Elle répond à l'annonce que Paul a passée.
Je ne sais pas pourquoi, mais ce résumé m'évoquait une certaine émission un peu niaise de nos grandes chaînes, et je restais circonspecte sur le succès de ce livre pourtant vanté un peu partout. Une fois encore, les apparences étaient trompeuses car dès les premières pages j'ai été séduite par cette histoire à la fois belle et touchante, dont la profondeur ne réside pas tant dans l'intrigue que dans le style enlevé et poétique qui nous transporte au coeur des émotions humaines. J'ai été littéralement envoûtée par ce petit texte poignant, par la description d'un monde à la fois proche et lointain, par la justesse de certains passages vraiment très touchants et remarquablement écrits. La plume de Marie-Hélène Lafon, certes un peu académique et parfois ampoulée pour certains (la réduplication systématique des adjectifs, par exemple ou la recherche du mot juste) a su me toucher et m'enchanter au point de poursuivre ma lecture avec un second titre.
Il s'agit d'un roman publié en 2001 et qui a obtenu le Prix Renaudot des lycéens. Le soir du chien explore le thème de la ruralité qui est également bien présent dans L'Annonce. Il s'agit également d'une histoire d'amour un peu particulière entre une jeune fille d'une vingtaine d'années, la rousse et flamboyante Marlène et d'un homme d'une trentaine d'années un peu réservé et originaire du Cantal. L'ombre et la lumière se rencontrent, une vie paisible et heureuse se dessine entre ces deux êtres, chacun avec leur histoire et leur passé. Mais un soir, une rencontre fortuite détruit ce bonheur.
Écriture de l'intime et de l'indicible, Le soir du chien est un court texte très émouvant dans lequel se développe déjà les composantes intrinsèques qui font tout le charme de L'Annonce. J'ai aimé court roman à la fois simple et beau, tout en délicatesse et en non-dits. Un roman polyphonique dans lequel les voix des personnages s'entrecroisent autour d'un évènement préparé et redouté auquel succède une douleur immense.
Émotion et justesse, tels sont les mots qui semblent définir une oeuvre qu'il me tarde de découvrir un peu plus.